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CHORALE DE LA CATHÉDRALE

Les pièces du répertoire


" O CRUX AVE "
de
PALESTRINA

"O croix, nous te saluons, espoir unique!
En ce temps de la Passion,
Augmente la sainteté des justes,
Procure le pardon aux coupables!"

Ce quatrain a été inséré dans l'hymne "Vexilla regis prodeunt" de Venance FORTUNAT, poète latin né vers 530 en Vénétie, mort évêque de Poitiers vers 600, mais on pense que ces quatre vers ont été d'abord composés, par FORTUNAT eux aussi, pour accompagner une mosaïque consacrée à la croix, comme la mosaïque découverte en 1958 sous les fondations de l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers, contemporaine de notre poète. "Le 'Vexilla regis prodeunt' se chante ou se chantait en particulier aux vêpres du temps de la Passion ainsi qu'aux fêtes de l'Invention (3 mai, fête supprimée) et de l'Exaltation (14 septembre) de la Sainte Croix."
Votre missel vous montrera que notre quatrain a subi quelques changements dans ses deux derniers vers (PALESTRINA a suivi le texte authentique), mais le sens demeure fondamentalement le même. On change aussi le deuxième vers quand on n'est pas au temps de la Passion : si on est au temps pascal, on chante "Paschale quae fers gaudium" (= Toi qui apportes la joie pascale), sinon : "In hac triumphi gloria" (= Dans cette gloire triomphale).

Pierre CORNEILLE (1606-1684) a ainsi rendu notre quatrain :

"Unique espoir des nations,
En ce temps qui d'un Dieu retrace le supplice,
Croix sainte, aux gens de bien augmente leur justice,
Et pardonne aux méchants leurs noires actions."

François GIROUDOT


O JESU CHRISTE
de Jacquet de Mantoue [plutôt que de Jacquet de Berchem]

O Jesu Christe, miserere mei, quum dolore langueo !

O Jesus Christ, aie pitié de moi, au moment où je suis abattu par la souffrance !

Domine, Domine, Tu es spes mea. Clamavi, clamavi ad Te :

Seigneur, Seigneur, c'est Toi mon espérance. J'ai crié, j'ai crié vers Toi :

Miserere, miserere mei !

Aie pitié, aie pitié de moi !


On a souvent confondu Jacquet de Mantoue et Jacquet de Berchem, d'autant plus facilement que leurs oeuvres présentent souvent comme nom d'auteur "Jacquet" ou plutôt "Jachet", "Iachetus" [transcription latine de ce diminutif de "Jacques"], "Giachetto" [transcription italienne, ces deux compositeurs ayant vécu en Italie], sans plus de précision...

Jacquet de Berchem, que l'on suppose né à Berchem, en pays flamand, vers 1505 (on l'appelle souvent "Van Berchem" ou "Von Berchem"), nous a laissé surtout des madrigaux ; son premier madrigal a été publié en Italie en 1536 ; en 1546, il est élu maestro di cappèlla de la cathédrale de Vérone ; en 1555, il est organiste du duc de Ferrare ; il meurt en 1565.

Jacquet de Mantoue, auteur sans doute de ce motet, est né à Vitré en 1483. Il s'appelle apparemment Jacques Colebault. Il s'installe à Mantoue vers 1526, et il y meurt le 2 octobre 1559, étant depuis 1539 maestro di cappèlla de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul. Ses oeuvres apparaissent dans des manuscrits datés d'environ 1520 : ainsi ce O Jesu Christe, conservé au Licèo Musicale de Bologne, dans un manuscrit de 1518. Il nous laisse plus de 100 motets, plus de 200 messes, des hymnes, des magnificats, des psaumes...(il crée ses oeuvres essentiellement en 1520 à 1540).


O MAGNUM MYSTERIUM
de Johann Stadlmayer

O magnum mysterium et admirabile sacramentum,

O grand mystère, admirable vérité :

ut animalia viderent Dominum natum, iacentem in præsepio.

il y avait des animaux pour voir le Seigneur nouveau-né couché dans la crèche.

Beata Virgo, cuius viscera meruerunt portare Dominum Christum

Heureuse Vierge, dont le sein a mérité de porter le Seigneur Christ

Ave Maria gratia plena, Dominus tecum.

Salut à toi, Marie, comblée de grâce : le Seigneur est avec toi.


Le texte de ce motet est celui du 4ème répons (3ème mode) des matines de la Nativité de Notre Seigneur.


O SACRUM CONVIVIUM
de Giovanni Croce

O sacrum convivium in quo Christus sumitur !

O banquet sacré dans lequel on reçoit le Christ !

Recolitur memoria passionis ejus ; mens impletur gratia

On rappelle la mémoire de Sa Passion ; l’âme se rassasie de grâce

et futurae gloriae nobis pignus datur, Alleluia !

et de la gloire future un gage nous est donné, Alléluia !


Le texte de ce motet (les répétitions ont été supprimées) est celui de l’antienne (du 5ème mode) du Magnificat des vêpres de la Fête du Très Saint Sacrement ou “Fête-Dieu”.

Palestrina composa un O sacrum convivium (paru à Venise en 1572 ; 5 voix), ainsi que Tallis (paru en 1575 ; 5 voix) et plus près de nous (en 1937), Messiaen (4 voix mixtes ou solistes ; fa dièse majeur, “tonalité de l’Amour mystique” selon l’auteur).


PANGE LINGUA
composé en 1929 par Zoltan KODALY (1880-1967)

Pange, lingua, gloriosi
Corporis mysterium
Sanguinisque pretiosi
Quem in mundi pretium
Fructus ventris generosi
Rex effudit gentium
Chante, ma langue, le mystère
du corps glorieux
et du sang précieux
que, pour racheter le monde
le Roi des nations, fruit d’un ventre généreux,
a répandu.
Tantum ergo sacramentum
Veneremur cernui,
Et antiquum documentum
Novo cedat ritui ;
Præstet fides supplementum
Sensum defectui !
Donc, un si grand sacrement,
vénérons-le tête baissée,
et que l'enseignement ancien
laisse la place à un nouveau rite ;
que la foi supplée
à la déficience des sens !
Genitori Genitoque
Laus et jubilatio ;
Salus, honor, virtus quoque
Sit et benedictio ;
Procedenti ab utroque
Compar sit laudatio! Amen!
Pour le Père et pour le Fils,
louange et chants joyeux ;
salut, honneur, puissance
aussi, et bénédiction ;
Et pour Celui qui procède de l’Un et de l’Autre,
qu’il y ait une égale louange! Amen!

Ce texte est celui de la 2ère, de la 5ème et de la 6ème (et dernière) strophe d’une hymne en l’honneur deu “Saint Sacrement”. Les deux dernières strophes forment le Tantum ergo, qui a été chanté lors du “Salut du Saint-Sacrement”, après les vêpres ou les complies (à l’origine, le “Salut’ était un office marial). Le texte de ce Pange, lingua est peut-être de Thomas d’Aquin (13ème siècle) [à ne pas confondre avec une hymne en l’honneur de la Passion qui commence par les trois mêmes mots mais dont le texte est de Venance FORTUNAT (6ème siècle)].


POPULE MEUS
de Tomas Luis de Victoria

Popule meus, quid feci tibi, aut in quo contristavi te? Responde mihi !

O mon peuple, que t'ai-je fait, ou en quoi t'ai-je affligé? Réponds-moi !

Agios o Theos ! Sanctus Deus ! (3 mots grecs puis 2 mots latins de même sens)
Agios ischyros ! Sanctis fortis ! (2 mots grecs puis 2 mots latins de même sens)

Saint est Dieu ! Saint est Dieu ! Saint, fort ! Saint, fort !

Agios athanatos ! Eleison imas ! Sanctus et immortalis ! Miserere nobis ! (4 mots grecs puis 5 mots latins de même sens)

Saint, immortel ! Aie pitié de nous ! Saint et immortel ! Aie pitié de nous !


Le texte est emprunté aux "Impropères" du Vendredi Saint, c'est-à-dire aux "Reproches" que le Christ crucifié adresse à son peuple, et aux prières qui les accompagnent. Cette pièce a été publiée à Rome en 1585, dans l'Officium Hebdomadae Sanctae [Office de la Semaine Sainte] de Victoria.


PUER NATUS
de Samuel Scheidt

Puer natus in Bethleem Un enfant est né à Bethléem
Unde gaudet Jerusalem Jérusalem est dans la joie
Hic jacet in præsepio Il est couché dans une crèche
Qui regnat sine termino Celui qui règne sans fin
Et angelus pastoribus Et l’ange aux bergers
Revelat quod sit Dominus Révèle que c’est le Seigneur
Reges de Saba veniunt Des rois viennent de Saba
Aurum, thus, myrrhum offerunt Ils offrent l’or, l’encens, la myrrhe
In hoc natali gaudio Dans la joie de cette naissance
Novum salutant Principem Ils saluent le nouveau Prince
Laudetur sancta Trinitas Que soit louée la sainte Trinité
Benedicamus Domino Bénissons le Seigneur

On a ici des extraits du texte d’un vieux cantique de Noël, qui remonte au moins au 14ème siècle et a été adapté en allemand (Ein Kind geboren zu Bethleem) dès 1439. Il existe plusieurs mélodies, et les protestants ont encore ce cantique dans leurs recueils, du moins en langue française : L’enfant est né à Bethléem, dans les recueils Nos coeurs te chantent (1979) et Arc-en-ciel (1988)...

En principe, les vers latins riment ici deux par deux (on voit que nos deux dernières strophes ne sont pas conformes à l’original). Les Cantus Selecti de Solesmes (1949) donnent 14 strophes. On y trouve celles dont nos deux dernières sont des assemblages disparates.

Michae PRAETORIUS a tiré plusieurs motets de ce cantique, BUXTEHUDE en a fait un prélude de choral d’orgue, BACH l’a utilisé dans son Orgelbüchlein (BWV 306, n° 5)

 


« Que pour Lui le nébel se marie au kinnor ! »
(César FRANCK, Psaume 150)

Les mots « nébel » et « kinnor » sont une transcription de deux mots de la Bible hébraïque (on les rencontre transcrits autrement : par exemple, CHATEAUBRIAND, au début du 19ème siècle, parle du « cinnor hébreu») : il s’agit de deux instruments de musique à cordes pincées, que les traducteurs assimilent à tel ou tel de nos instruments anciens ou modernes, d’une façon parfois contradictoire.

La Traduction Oecuménique de la Bible (TOB), comme avant elle la Bible de Jérusalem (BJ) , choisit « harpe » pour « nébel » et « cithare » pour « kinnor » : « Louez-Le avec harpe et cithare » (TOB), « Louez-Le par la harpe et la cithare » (BJ) correspondent au passage du Psaume 150 qui nous occupe.

La Bible latine (Jérôme suivant la Bible grecque aussi bien que Jérôme suivant la Bible hébraïque, sans changement dans la Nouvelle Vulgate de 1979) choisit « psalterium » pour « nébel » et « cithara » pour « kinnor », ce qui est une fidèle transcription de la Bible grecque, qui a « psalterion » et « kithara ». On rencontre aussi, pour l’un ou l’autre de ces deux instruments, les mots « lyre », « luth »...

Dans des encyclopédies juives récentes, je relève au singulier « nèvel » et « kinnor », et au pluriel « nevalim » ou « nevalîm », « kinnorot » ou « kinnorôt ». Le kinnor est l’instrument de musique le plus fréquemment cité dans la Bible (42 occurrences).

Dès le chapitre 4 de la Genèse, il nous est précisé (au verset 21) que Youbal (TOB ; « Yubal » selon BJ, etc.) fut l’ancêtre de tous ceux qui jouent du kinnor (et du chalumeau : « ugab » ou « ougav », etc. en hébreu) ; David joue du kinnor pour soulager le roi Saül que tourmente un esprit mauvais envoyé par le Seigneur (1 Samuel 16, 23). Nébel et kinnor servent à exprimer la louange et la joie : cf. lorsque David fait conduire l’Arche de Dieu à Jérusalem (2 Samuel 6, 5) ; cf. Psaume 33, 2 ; 92, 4 ; 144, 9. Ils sont les instruments des musiciens du Temple, tandis que les prêtres ont le privilège de jouer du cor et de la trompette, et que le peuple joue plutôt du chalumeau ou de la flûte. En temps de détresse, ils ne sont pas de mise : « Là-bas, au bord des fleuves de Babylone, nous restions assis tout éplorés en pensant à Sion. Aux saules du voisinage nous avions pendu nos cithares. » (début du Psaume 137 selon TOB : le mot «cithare » traduit ici l’hébreu « kinnor ». BJ écrit « harpes », CHOURAQUI écrit « lyres » !...)

Anne-Marie GIROUDOT


REGINA CÆLI
de W.A. Mozart KV 276 (sans les répétitions)

Regina cæli, lætare, Reine du ciel, réjouis-toi
Quia quem meruisti portare Parce que Celui que tu as mérité de porter
Parce que Celui que tu as mérité de porter Est ressuscité comme il l’a dit !
Ora pro nobis Deum ! Prie Dieu en notre faveur !

Mozart nous a laissé trois Regina cæli : le premier (en ut majeur, KV 108) date de mai 1771 ; le deuxième (en si bémol majeur, KV 127) de mai 1772 ; celui qui est interprété par la Chorale de la Cathédrale (en ut majeur à nouveau) date sans doute de 1779. Cette fois, “Mozart a regroupé le texte en un mouvement unique. Un triple appel du choeur, lancé de manière emphatique en une mélodie composée d’accords parfaits, ouvre l’oeuvre où alternent les interventions du choeur et des solistes. Cette oeuvre pascale à grand effectif baigne, pour la plus grande partie, dans un climat de solennité et de jubilation, mais elle connaît de temps à autre des inflexions de l’expression exigées par le texte. Ainsi Mozart utilise-t-il, pour accompagner les paroles 'Ora pro nobis Deum!', des accords de septième diminuée qui créent un climat presque tragique que viennent dissiper les impétueux “alleluia” qui closent la composition.” [citation du livret du CD 4509-90494-3 de TELDEC, publié en 1993, où l’on trouve le troisième Regina cæli enregistré en juillet 1992]

A l’origine, le Regina cæli est une antienne (du 6ème mode), datant sans doute du 11ème ou du 12ème siècle, et qui se chante en particulier à la fin des Complies, du Dimanche de Pâques au vendredi après la Pentecôte inclus.

De nombreux compositeurs en ont fait un motet : ISAAC, GHISELIN, BRUMEL, Cristobal de MORALES, PALESTRINA, Roland de LASSUS, Giovanni GABRIELI (†1612), Felice ANERIO, AICHINGER, ERBACH, MAZAK, CEREROLS, Guiseppe Antonio BERNABEI, DELALANDE, LOTTI, HAENDEL, BLANCHARD (†1770), Michael HAYDN, BRAHMS, JASPERS, BUSSER, LEMACHER, Maxime JACOB, LONQUICH, CALMEL...


REX PACIFICUS
de Hermann Schroeder (en éliminant les répétitions)

Rex pacificus magnificatus est

Le Roi de paix a été glorifié

cuius vultum desiderat universa terra.

lui dont la terre entière désire voir le visage.


Ce texte est exactement celui de la première antienne des premières vêpres de Noël. Antienne du 8ème mode, accompagnant le psaume 109 : “Dixit Dominus”.


SALVE REGINA
de Joseph Rheinberger (en éliminant les répétitions)

Salve Regina, mater misericordiæ, Nous te saluons, Reine, mère de miséricorde,
vita, dulcedo et spes nostra, salve ! vie, douceur et notre espoir, nous te saluons !
Ad te clamamus, exules filii Evæ, vers toi nous crions, fils d’Eve exilés,
ad te suspiramus, gementes et flentes vers toi nous soupirons, gémissant et pleurant
in hac lacrimarum valle. dans cette vallée de larmes.
Eia ergo, advocata nostra, Eh bien donc, ô notre avocate,
illos tuos misericordes oculos ad nos converte ! ces yeux miséricordieux qui sont les tiens, tourne-les vers nous !
Et Jesum, benedictum fructum ventris tui, Et Jésus, le fruit béni de ton sein,
nobis post hoc exilium ostende, après cet exil, montre-le nous,
o clemens, o pia, o dulcis Virgo Maria ! ô clémente, ô bienveillante, ô douce Vierge Marie !

Le texte est celui d’une antienne qui date sans doute du 11ème siècle et dont l’auteur n’est pas connu avec certitude. Primitivement, le texte de l’antienne ne comportait ni le mot “mater”, ni le mot “virgo”. Cette antienne (du 1er mode ; il existe des mélodies plus récentes) se chante en particulier à la fin des Complies. Cf. la Missa “Salve Regina” de Marie-Joseph ERB (1931) et celle (même titre !) de Jean LANGLAIS (1954).

Avant et après Rheinberger, de nombreux compositeurs nous ont laissé un ou plusieurs motets sur les paroles de cette antienne.


SICUT CERVUS DESIDERAT
de Palestrina

Sicut cervus desiderat ad fontes aquarum

De même que le cerf désire l'eau de la source

ita desiderat anima mea ad te Deus

de même mon âme te désire, ô Dieu

Sitivit anima mea ad Deum fontem vivum

Mon âme a soif de Dieu la source vive

Quando veniam et apparebo ante faciem Dei?

Quand irai-je me présenter devant Dieu ?

Fuerunt mihi lacrymae meae panes die ac nocte

Mes larmes sont devenues ma nourriture, jour et nuit,

dum dicitur mihi quotidie : "Ubi est Deus tuus ?"

tandis qu'on me demande chaque jour : "Où est ton Dieu ?"


Début du Psaume 41 dans la Bible latine traditionnelle, sauf que "Sicut" remplace heureusement ici "Quemadmodum" (= de la même façon que), "cervus desiderat" remplace "desiderat cervus", "fontem vivum" remplace très heureusement "fortem, vivum" (remplacé aussi [par "Deum vivum"] dans la nouvelle traduction des Psaumes, plus proche du texte original).

Le texte de ce motet est identique à celui d'un des chants de la nuit pascale dans la liturgie latine traditionnelle, sauf sur 3 points : "Deum fontem vivum" au lieu de "Deum vivum", "Dei?" au lieu de "Dei mei?", "quotidie" au lieu de "per singulos dies" (= au long des jours).

Cette oeuvre a été publiée en 1581, dans le Second livre des motets à 4 voix. Depuis avril 1571, Palestrina est à nouveau attaché à Saint-Pierre (de Rome). On sait qu'il le restera jusqu'à sa mort (le 2 février 1594) et qu'il y sera inhumé (dans la Capella Nuova).


SUB TUUM PRÆSIDIUM
de Mozart, KV 198
(le texte donné ci-dessous élimine les répétitions)

Sub tuum praesidium confugimus, sancta Dei Genitrix :

Nous nous réfugions sous ta protection, sainte Mère de Dieu :

nostras deprecationes ne despicias in necessitatibus nostris,

ne méprise pas nos supplications, nous qui sommes dans le malheur,

sed a periculis cunctis libera nos semper,

mais libère-nous toujours de tous les dangers,

Virgo gloriosa et benedicta, Domina nostra, mediatrix nostra, advocata nostra,

Vierge glorieuse et bénie, notre Dame, notre médiatrice, notre avocate,

nos reconcilia tuo Filio, nos commenda, nos representa !

réconcilie-nous avec ton Fils, recommande-nous, représente-nous !


Motet traditionnellemnt répertorié comme chant d'offertoire ("offertorium"). Le n° 1986 de la collection "Que sais-je ?", paru en 1982 (la musique religieuse de Mozart), indique

- que "la découverte récente de nouvelles sources manuscrites" a confirmé son authenticité (l'édition de 1964 du catalogue Köchel classait cette oeuvre parmi les "Oeuvres douteuses ou faussement attribuées") ;
- qu’il s’agit d’une pièce pour deux sopranos et non pas, comme on l’a cru, pour une soprano et un ténor ;
- que ses motifs musicaux l’apparentent nettement à la Missa brevis KV 192, en fa majeur également, datée du 24 juin 1774 à Salzbourg, et que sa composition est donc sans doute de la même période.

Jusqu’à “Benedicta” inclusivement, et sans les répétitions, c’est le texte d’une antienne grégorienne.


TE DEUM

1. LE TEXTE.

Le Te Deum est l'un des hymnes d'actions de grâce les plus célèbres de la liturgie chrétienne. Selon une légende du début du Moyen-Age, il aurait été improvisé au baptême de Saint Augustin par Saint Ambroise et Augustin lui-même. L’œuvre est attribuée par certains à l'évêque Nicétas (de Remesiana, aujourd'hui Bela Palanka en Serbie) qui vécut à la fin du IVe siècle mais ce n'est pas vraiment établi. En tout cas le texte, lui, est bien du IVe siècle comme le Sanctus et la Préface de la messe.

Le texte originel se termine au verset 21 (il y en a en tout 29 ou 30 selon la façon dont on traite le dernier verset).

La première partie se compose d'acclamations à Dieu le Père (10 versets).

Suit une doxologie (louange à la Trinité) incluant donc le Fils et le Saint Esprit.

La deuxième partie énumère les mystères christiques à partir de "Tu Rex gloriae" (versets 14 à 23).

La troisième est assez hétérogène et se compose de versets puisés dans les psaumes (à partir de "Aeterna fac").

 

2. LA MUSIQUE.

Les recherches récentes datent la mélodie du début du Ve siècle et localisent sa naissance dans le Sud-Est de la Gaule ou la région de Milan. Cette mélodie est du grégorien du 4e mode mais il en existe plusieurs versions dont les plus anciennes semblent être le "ton solennel" du Graduale Romanum et celui de l'Antiphonaire Monastique ; le plus ancien manuscrit ne date que du XIIe siècle donc c'est assez tardif et il n'existe aucune polyphonie écrite avant le début du XIVe.

 

3. L'UTILISATION DU "TE DEUM".

Dans la France de l'Ancien Régime, le Te Deum est l'hymne d'actions de grâce et de louange obligatoire pour les cérémonies comme le sacre du roi, la consécration d'un évêque, les victoires militaires. La liturgie anglicane, très calquée sur la liturgie catholique romaine, le conserve - Walton en a composé un en 1953 pour le couronnement de la reine Elizabeth II et Purcell un en 1694 pour la Sainte Cécile.

Ce qui ne veut pas dire que la France républicaine l'a oublié : le premier Te Deum du "répertoire civique" a été composé par François-Joseph Gossec pour la Fête de la Fédération qui eut lieu le 14 juillet 1790 au Champ de Mars pour célébrer le premier anniversaire de la prise de la Bastille et les espoirs de la Révolution.

Et comment oublier celui du 26 août 1944 à Notre-Dame de Paris pour célébrer la libération de la ville à la fois par les insurgés FFI et la 2e DB ?

 

4. OEUVRES EN POLYPHONIE.

Si les premiers datent du XIVe et du XVe siècle, il y en a fort peu ; le XVIe est mieux représenté (Anerio, Roland de Lassus, Palestrina) et c'est à l'ère baroque que s'épanouit le Te Deum polyphonique ; depuis, les auteurs n'ont pas cessé d'en composer même si ce n'est pas au même "rythme" qu'avant comme nous le verrons. En voici des exemples choisis du XVIIe au XXe siècle.

-          Marc-Antoine Charpentier est l'auteur de 6 Te Deum au moins, il nous en reste 4 dont le plus célèbre est celui en ré majeur de 1690 environ.

-          Michel-Richard Delalande en a composé un vers 1684, révisé plusieurs fois, exécuté pour la consécration de l'église Saint-Louis des Invalides à Paris en 1706.

-          Antoine Blanchard a célébré les victoires de Louis XV : son oeuvre donnée à Paris en mai 1744 a été exécutée à Versailles après la victoire de Fontenoy sur les Anglais.

-          Joseph Haydn en a composé deux versions : l'une pour le prince Esterhazy - la date donnée est selon les ouvrages consultés 1762 ou 1765...- au service duquel il entre en 1761 (la famille Esterhazy était l'une des plus riches et des plus influentes familles de la noblesse magyare), l'autre pour Marie-Thérèse épouse de l'Empereur François II du Saint-Empire devenu François Ier d'Autriche en 1806.

-          François-Joseph Gossec déjà évoqué est l'auteur d'un Te Deum de 50 minutes! avec grand orchestre (1779) et de celui de 1790  qui réunit 1000 choristes hommes et des instruments à vent et à percussion - il faut dire que l'oeuvre fut donnée en plein air.

Pour le couronnement de Napoléon Ier le 2 décembre 1804, c'est un Italien, Giovanni Paisiello (1740-1816), dont le Premier Consul était un grand admirateur, qui composa la messe et le Te Deum.


TENEBRÆ FACTÆ SUNT
de Johann Ernst Eberlin

Tenebræ factæ sunt Il y eut des ténèbres
dum crucifixissent Jesum Judæi. depuis que les Juifs avaient crucifié Jesus.
Et circa horam nonam Et vers la neuvième heure
exclamavit Jesus voce magna : Jésus s’exclama d’une voix forte :
Deus meus, Deus meus, ut quid me dereliquisti? Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?
Et inclinato capite emisit spiritum. Et, sa tête s’étant inclinée, il expira.
Exclamans Jesus voce magna : Jésus s’écriant d’une voix forte :
Pater, in manus tuas commendo spiritum meum. Père, je remets ma vie entre tes mains.

Le texte de ce motet est, à un ou deux détails près, celui du 5ème répons (du 7ème mode) du 2ème Nocturne des Matines du Vendredi Saint.
C’est un montage d’extraits des Evangiles : “Il y eut des ténèbres” : Matthieu 27, 45 et Marc 15, 33 et Luc 23, 44 ; “Et vers la neuvième heure [...] abandonné? :Matthieu 27, 46 et Marc 15, 34. Ces deux évangélistes donnent, avant sa traduction grecque, une version araméenne du début du Psaume 22 crié par Jésus : “Eli, Eli [Marc :Elôi, Elôi], lema sabachthani” (ces mots araméens étant par eux transcrits en caractères grecs) ; “Et sa tête [...] expira” : Jean 19, 30 ; Matthieu 27, 50 ; Marc 15, 37. “Dans ta main je remets mon souffle” : début du verset 6 du psaume 31 dans la Traduction Oecuménique de la Bible parue en 1975 (“In manus tuas commendo spiritum meum” dans la Bible latine de 1979 comme - sauf variante de détail - dans la Bible latine de saint Jérôme).

Notons le danger de la formule : “depuis que les Juifs avaint crucifié Jésus”. Le texte date d’une époque où il y avait d’une part les Chrétiens, d’autre part les Juifs, ces derniers présentés comme les ennemis de Jésus et de ses disciples (cf. l’Evangile de Jean). Oubli tranquille de Jésus le Juif et de ses disciples, tous Juifs, comme est entièrement juive l’origine de l’Eglise. Ce sont des textes comme ce passage qui ont fondé et entretenu un certain antisémitisme chrétien, avec les conséquences qu’on sait...

Parmi les compositeurs d’un motet Tenebræ factæ sunt, citons INGEGNERI, VICTORIA, NUCIUS, CROCE, Blasius AMON (ou AMMON), GESUALDO, Francisco MARTINS, Jan Dismas ZELENKA, David (ou Davide) PEREZ, JOMMELLI, Joseph HAYDN, Michael HAYDN, Narcis (ou Narciso) CASANOVAS (ou CASANOVES) et, au 20ème siècle : POULENC, PETRASSI, ALIX, Francis CASANOVA, Jens RÖTH, Gerard VAN AMSTEL...


TRISTIS EST ANIMA MEA
de Michael Haydn

Tristis est anima mea usque ad mortem

Mon âme est triste jusqu’à la mort,

Sustinete hic, et vigilate mecum :

Restez ici, et veillez avec moi :

nunc videbitis turbam, quæ circumdabit me.

bientôt vous verrez la foule qui me cernera.

Vos fugam capietis, et ego vadam immolari pro vobis.

vous, vous prendrez la fuite, et moi, j’irai pour être immolé pour vous.

Ecce appropinquat hora

Voici qu’approche l’heure

et Filius hominis tradetur in manus peccatorum.

où le Fils de l’homme sera livré aux mains des pécheurs.


Ce motet reprend exactement les paroles du 2ème répons (du 8ème mode) du 1er Nocturne des Matines du Jeudi Saint. Ces paroles sont elles-mêmes un montage d’extraits plus ou moins littéraux de l’Evangile :
“Mon âme est triste jusqu’à la mort” : Marc, 14, 34 et Matthieu, 26, 38 ; “Restez ici et veillez avec moi” : Matthieu, 26, 38 ; “voici une foule” : Luc, 22, 47 ; Marc, 14, 43 ; Matthieu, 26, 47 ; “ils s’enfuirent tous” : Marc, 14, 50 ; Matthieu, 26, 56 ; “voici qu’approche [...]pécheurs" : Matthieu, 26, 45 ; Marc, 14, 41.

Ont composé un motet Tristis est anima mea : LASSUS, INGEGNERI, CROCE, GESUALDO, KUHNAU, MARTINI (Giovanni Battista) et, au 20ème siècle : POULENC, PETRASSI, EBEN...


TU ES PETRUS
musique de Mgr Alphonse HOCH

Tu es Petrus, et super hanc petram

Toi, tu es Pierre, et sur cette pierre

ædificabo Ecclesiam meam,

je construirai mon Eglise,

et portæ inferi non prævalebunt adversus eam.

et les portes de l’enfer ne l’emporteront pas sur elle.


Le texte est exactement tiré de la Vulgate : Matthieu 16, 18. Les manuscrits ont parfois “inferni” au lieu de “inferi” : le sens de ces deux mots est le même, comme leur étymologie : l’enfer, c’est le monde inférieur, le monde souterrain. Ce texte est celui de plusieurs antiennes, du moins jusqu’à “meam” inclusivement : fête de Pierre et de Paul apôtres (le 29 juin), fête de la Chaire de Pierre apôtre (le 22 février), messe votive de Pierre apôtre...2ème mode grégorien pour l’Alleluia, 6ème mode pour la communion.


TU PAUPERUM REFUGIUM
de Josquin des Prés

Tu pauperum refugium, tu languorum remedium,

Toi qui es le refuge des pauvres, toi qui guéris les maladies,

Spes exulum, fortitudo laborantium, via errantium,

Espérance des exilés, Force de ceux qui peinent, Chemin pour ceux qui errent,

Et nunc Redemptor Domine, ad te solum confugio,

Ainsi Seigneur mon Rédempteur, c’est auprès de toi seul que je me réfugie,

Te verum Deo adoro, in te spero.

Tu es le vrai Dieu que j’adore, c’est en toi que j’espère,

Salus mea, Jesu Christe, adjuva me !

O mon salut, Jésus, Christ, viens à mon aide !

Ne umquam obdormiat in morte anima mea !

Que jamais mon âme ne s’endorme dans la mort !


On ne trouve pas d’oeuvre portant le titre Tu pauperum refugium dans la liste que donne l’édition 1981 du GROVE, à l’article consacré à Josquin des Prés. Pas même parmi les oeuvres d’attribution douteuse ou erronée...(s’agirait-il d’un fragment d’oeuvre plus importante ?...)


 

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