Fédération des acteurs de la musique liturgique du diocèse d'Alsace

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Des origines de l'Union Sainte Cécile

Après la Révolution française "le culte catholique romain défendu, les maîtrises dissoutes, les fêtes chrétiennes et des saints remplacées par celles du calendrier républicain ... Cela dure dix ans ! Le peuple suit, acclame, puis déchante. Cependant le Concordat napoléonien, s'il permet à l'Eglise de retrouver son souffle, ne cicatrise pas toutes les plaies morales et matérielles. Il n'existe aucune cohérence entre les régimes politiques, le phénomène du romantisme et les sociétés ballottées. Il faut attendre le dernier tiers du 19e s. pour voir s'établir des sociétés stabilisées. C'est alors que s'organiseront les entreprises de restauration de la musique sacrée." (E. Bohn, Cent ans de Musique Sacrée en Alsace, 1982, Strasbourg, Union Ste Cécile).

Pendant la Révolution, livres de chant et partitions ont disparu. Les orgues ont souvent été détruits ou endommagés. Les autres instruments furent vendus. Là où on continue de chanter l'office on retrouve le Altarchor où clercs et jeunes filles, installés dans les stalles au chœur, alternent hymnes et psaumes. Quelque fois, un des deux chœurs est juché sur le jubé à proximité de l'orgue de chœur. Le chant à l'église dépend souvent de l'intérêt que lui porte le curé. Le chant de l'ordinaire de la messe, vêpres, complies, processions et dévotions est pris en charge par le Laienchor (chœur des laïcs) placé sous la direction du ludi magister (instituteur chargé de l'enseignement et de la discipline). Certains magister annoncent même fièrement avoir 13 choristes capables de lire la musique. Ces directeurs-organistes sont souvent rémunérés par le Conseil de Fabrique de la paroisse.

Tout semblait aller pour le mieux lorsque l'évêque convoqua Wackenthaler, le maître de chapelle, le 20 août 1824, pour lui interdire les messes avec orchestre ainsi que la participation des dames au chœur. Motif : ces dames provoquent le scandale ... les fidèles n'ont d'yeux que pour elles. Réponse du maître de chapelle : toutes ces demoiselles sont issues de familles fort respectables. Rien n'y fit. On recruta les garçons au Petit Séminaire pour combler le vide.

En 1851 paraît une nouvelle édition du Strassburger Diözesangesangbuch. De l'édition de 1659 on ne retrouve que deux cantiques "Heut ist gefahren Gottes Sohn" et "O Heiland reiss die Himmel auf". Le répertoire évolue très vite. De tout côté naissent les "Sociétés de musique", "Chœur harmonie", "Union musicale", "Gesangsakademie", "Société Ste Cécile", "Concordia", "Société Orphéon". On ne compte plus les concours et les manifestations musicales. L'édition d'anthologies des meilleures compositions pour choeur d'hommes connut un grand succès. Les femmes sont définitivement exclues du mouvement choral. Ces chœurs d'hommes sont fédérés dans l'Association des sociétés chorales d'Alsace sous l'impulsion de Kienzl de Guebwiller le 1er juin 1856. La guerre de 1870 marqua un coup d'arrêt dans la vie musicale.

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L'état des chorales après 1870/71

L'après-guerre connut une intense activité en matière d'édition tant pour le chant d'église que pour la chanson populaire. Deux éditeurs (Le Roux, Strasbourg et Sutter, Rixheim) réalisèrent l'essentiel du travail.

Les paroisses rurales et de petites villes n'ont plus les moyens de faire de la polyphonie. Tout juste arrive-t-on à chanter quelques cantiques et chorals à 4 voix mixtes. Un genre nouveau a vu le jour, ce sont les deutsch-lateinische Mischlieder, des cantiques "mixtes", moitié en latin, moitié en allemand, les jeunes filles chantant la partie allemande. La rupture avec la tradition musicale et liturgique se vérifie de jour en jour. Les chants liturgiques cèdent la place au cantique populaire. A cette époque le chœur de jeunes-filles était assez répandu dans les paroisses (Jungfrauenchor).

A Thann, vers 1868, curé et organiste-directeur d'école groupèrent 12 à 15 hommes de bonne volonté pour prendre en charge et le chant grégorien et la polyphonie. Cette formation périclita en 1877 avec l'arrivée d'un nouveau curé. Par chance il se trouvait parmi les vicaires (ils étaient alors au nombre de trois) un jeune abbé, Charles Hamm, qui était tout indiqué pour réorganiser la chorale. Il profita de la "section chant" du Jünglingsverein (Cercle des jeunes gens) qui comptait alors 15 jeunes pour renflouer les rangs du chœur d'hommes. Il ajouta encore 20 jeunes filles de la Congrégation des Enfants de Marie et obtint un chœur mixte d'une quarantaine de membres qui réalisa d'excellentes performances. L'abbé Hamm composa de nombreux motets fort appréciés et puisa également dans le répertoire des maîtres du 15e au 18e s. C'est dans ce cadre que naquit à Thann l'idée de créer l'Union Ste Cécile. Elle vit le jour en 1882, grâce à la perspicacité de l'abbé Charles Hamm nommé vicaire à la collégiale St-Martin de Colmar cette même année. Il sut s'associer pour cette audacieuse entreprise avec Marie Joseph Erb, professeur de musique à l'Ecole Normale d'Instituteurs de Colmar.

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La restauration cécilienne en Alsace

1870, année où l'Alsace passe sous administration allemande. "Alimenté par des courants de pensée réformateurs apparus simultanément des deux côtés du Rhin dès le début du 19e siècle, le mouvement de la restauration de la musique sacrée en Alsace s'est toujours voulu original, refusant l'absorption par les mouvements nationaux, à cause des particularités alsaciennes."(E. Bohn, Cent ans de musique sacrée en Alsace). Cela ne l'a pas empêché de collaborer avec le Allgemeiner Caecilienverein für Länder deutscher Zunge fondé en 1868 par F.X. Witt puis de suivre peu à peu les tendances françaises, surtout après 1918. L'apport des deux cultures et traditions musicales différentes a toujours été assimilé avec sagesse dans notre province.

Profitant de cette relative stabilité politique, les alsaciens entreprendront même la construction d'églises nouvelles là où il n'y avait qu'une église mixte (culte protestant et catholique). A peine l'édifice achevé, on fait l'acquisition d'un orgue (Callinet, Rinckenbach, Merklin, Cavaillé-Coll, Wetzel, Hérissé, Stiehr-Mockers, Herbuté, Verschneider, Walker, Weigle, Kriess, Koulen, Roethinger ...). Malheureusement l'organiste manque souvent de formation et les chantres, peu cultivés, maltraitent le latin et ne maîtrisent que difficilement la polyphonie. On assiste à la messe, on embellit les cérémonies, car la liturgie est perçue comme une représentation. La piété populaire trouve refuge dans les dévotions et les processions. Les fidèles comme les choristes chantent indistinctement en allemand et en français, le problème linguistique n'étant pas encore politisé.

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Le Männer-Gesang-Verein (M.G.V.)

Avec la volonté de restaurer le chant d'église, le Cécilianisme très actif dans la plaine du Rhin, en pays de Bade et en Alsace, voulut ramener la chorale paroissiale au modèle de la Schola Cantorum romaine : des voix d'hommes exécutant le chant grégorien. On commença par sortir du chœur, de la proximité de l'autel, les jeunes filles (Chorjungfrauen). Le nombre de garçons devant remplacer les jeunes filles étant bien souvent insuffisant, le chœur d'hommes se constitue par la force des choses. Un compte rendu de journal résume assez bien la situation en cette seconde moitié du 19e siècle. "Bis dahin war in X-hausen kein Kirchenchor. Die liturgischen Gesänge wurden von sogenannten Chorsängern gesungen. Nach langen Verhandlungen mit diesen "sogenannten Chorsängern", konnte man Weihnachten eine vierstimmige Messe für "Landmännerchor" singen." C'est de cette manière, en rupture avec la tradition, que furent fondés en Allemagne de l'Ouest les chœurs céciliens. Le timbre unique de la voix d'homme devint la règle, finie la belle polyphonie à voix mixtes qui exploitait toute l'étendue de la voix humaine. Cette constatation n'enlève rien aux grands mérites du Cécilianisme qui a su expurger la musique d'église de tous les abus de l'époque baroque et du siècle des lumières, unifier l'interprétation du chant grégorien et rétablir la dignité du chant liturgique.

On fait chanter les fidèles pour les occuper pendant l'action liturgique. Les organistes ne seront pas en reste. On leur fournit des recueils d'accompagnement comme celui paru chez Fasoli à Strasbourg (1845). Les auteurs pensent sincèrement contribuer à réformer la musique à l'église alors qu'ils ne font que l'enfoncer davantage dans les ornières du mauvais goût et de la musique légère.

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L'Union Sainte Cécile du Diocèse de Strasbourg

En matière de musique religieuse on en était arrivé à la conviction qu'il y avait en Alsace beaucoup à améliorer et même à changer en cette seconde moitié du 19e siècle. Charles Hamm, ancien vicaire de Thann, et Marie-Joseph Erb, professeur de musique à l’Ecole Normale, ont voulu relever le défi en fondant la "Société alsacienne de musique religieuse" (L'Union Ste Cécile d'aujourd'hui). Après des articles de presse et une lettre circulaire, Erb et Hamm soumirent à la première réunion tenue à Châtenois en 1882 des statuts sur le modèle de l'organisation cécilienne allemande. Ils furent adoptés par plus de cent musiciens d'église à Colmar en 1883, approuvés par l'Evêque de Strasbourg le 6 septembre 1883 et par le Bezirks-Präsidium de Colmar le 17 mars 1884. Le mouvement de restauration était lancé.

On décida aussitôt de publier un bulletin fédéral devant tenir compte de la situation particulière de l'Alsace, de ses langues, de ses besoins particuliers et de sa situation politique. Après un numéro d'essai paru fin 1883, le N° 1 de la revue Caecilia parut le 1er janvier 1884. Imprimée par Eglinsdörfer à Colmar pendant 10 ans, Caecilia fut confiée à Le Roux-Strasbourg à partir de 1894. Grâce à cet organe et à de nombreuses réunions et sessions techniques, les musiciens d'église furent formés et conscientisés. Ils allaient progressivement découvrir la vraie musique cultuelle: le chant grégorien, la polyphonie et le cantique populaire, le rôle de l'assemblée et de la chorale. Le solo d'opérette et la musique à l'eau de rose perdaient de plus en plus de terrain.

L'affiliation de l'association alsacienne au "Allgemeiner Cäcilien-Verein für Deutschland, Oesterreich-Ungarn und Schweiz", approuvé par Bref pontifical du 16 décembre 1870 et placé sous le protectorat d'un cardinal romain par le Pape Pie IX, eut lieu en 1897.

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La chorale paroissiale en 1884

Les Statuts de la Société Alsacienne de Musique religieuse (Organisation des Cäcilien-Vereins der Diözese Strassburg), publiés en français et en allemand en 1884, précisent bien le but de la chorale paroissiale et son fonctionnement. La chorale doit participer "à la restauration et à la propagation de la musique religieuse, selon les intentions et l'esprit de la Ste Eglise catholique et conformément aux décisions et règlements ecclésiastiques. La musique religieuse comprend : le plain-chant grégorien ; le chant à plusieurs voix, ancien et moderne ; le chant religieux en langue vulgaire exécuté par les fidèles ; le jeu de l'orgue durant les offices ; la musique instrumentale (orchestre) là où elle existe et quand elle n'est pas contraire à l'esprit de l'Eglise." Le § 2 précise "Ce but pourra être atteint par la formation d'associations paroissiales, cantonales, diocésaines, et par l'affiliation collective à l'association générale Ste Cécile". Au § 7 des mêmes Statuts est décrit l'engagement du choriste qui doit "1° assister régulièrement à toutes les répétitions ; 2° prêter son concours à chaque fête et en général à toute occasion prévue par les statuts; 3° en cas d'empêchement il devra en temps utile en prévenir le directeur; 4° tout membre qui n'est pas fidèle à ses engagements ou dont la conduite serait blâmable, pourra être exclu de la société, après deux avertissements préalables de la part du comité."

Mgr Adolphe Fritzen, évêque de Strasbourg depuis 1891, convoqua un synode diocésain en 1894 qui adopta des prescriptions en matière de musique d'église où il ne restait plus place pour la moindre concession au mauvais goût. L'évêque consacra sa Lettre Pastorale de 1899 intégralement à la musique d'église. A partir de 1900 les chorales paroissiales trouveront une aide considérable auprès de Joseph Victori, maître de chapelle à la cathédrale, qui organisera des réunions cantonales pour initier au chant grégorien et à la belle polyphonie sans exclure le chant d'assemblée.

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Vers le "Psallite" de 1900

De 1888 à 1893 l'abbé Jean Muller, vicaire à Duttlenheim, publia dans Caecilia une étude du cantique (Kirchenlied) à la fois historique et liturgique. Il fit paraître chez Sutter, Rixheim, un recueil Katholisches Gesangbüchlein dans lequel on trouvait 70 mélodies des 16e et 17e siècles, 40 du 18e siècle et 60 du 19e siècle. Il combla ainsi le vide laissé par le recueil diocésain depuis 1851. Les 8000 exemplaires vendus prouvent à l'évidence qu'il y avait un besoin et une attente dans le peuple chrétien d'Alsace. Tout se mettait progressivement en place pour réaliser un nouveau recueil diocésain de cantiques qui paraîtra en 1900 sous le nom de "Psallite". Sa promotion sera assurée par une nouvelle Lettre Pastorale de l'évêque Mgr Fritzen. Wiltberger, professeur de musique à l'Ecole Normale de Colmar, a réalisé les accompagnements du "Psallite". Les recueils de chants et d'accompagnements vont en se multipliant grâce à des prêtres et musiciens comme Gustave Rominger, Théophile Gross, Léon Lutz et F.X. Mathias.

Pour consolider cette immense réforme en profondeur, les céciliens alsaciens trouvent des appuis solides dans le "Motu proprio" de Pie X (1903), les dispositions prises par l'évêque de Strasbourg dans la ligne du "Motu proprio" (1904), le Congrès international de chant grégorien à Strasbourg (1905) La parution des livres de l'édition vaticane entre 1905 et 1913 (Kyriale, Graduale, Vesperale) facilita la diffusion du chant grégorien.

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Plaidoyer pour la survie de la chorale mixte

Le Cécilianisme, avec sa volonté de restauration du chant d’Eglise, nous l’avons vu plus haut, ne connaît que le modèle de la Schola Cantorum romaine, composée d’hommes uniquement. Ses idées sont officiellement consacrées par le Motu Proprio de Pie X. Aussi certains puristes alsaciens militent activement contre la présence des femmes dans les chorales paroissiales. La réaction ne tarda pas à se faire entendre. Un important échange épistolaire (février 1917-février 1918) entre les tenants de la chorale mixte et Mgr Adolf Fritzen, évêque de Strasbourg, en témoigne.

Les signataires font preuve d’une connaissance approfondie de la question et dressent un véritable réquisitoire en faveur de la chorale mixte. Leur démarche s’articule en deux parties: d’abord la question de principe suivi du point de vue pratique. Le principe semble clair : le chœur mixte offre une étendue vocale bien plus grande que celle du chœur d’hommes. Le grand répertoire de musique sacrée est surtout écrit pour chœur mixte et atteint souvent le sommet des possibilités vocales. Par ailleurs l’Eglise veut que toutes les forces disponibles se mettent au service de Dieu. De quel droit exclut-on alors 50% de l’humanité ? Pourquoi réduire les voix aiguës aux voix de garçons ?

L'interdiction ecclésiastique des voix de femmes peut s’expliquer de deux manières. La première se rapporte à la conception de la "voix de l’Eglise". Si par voix de l’Eglise on entend le prêtre célébrant, les ministres ordonnés et les acolytes (servants de messe) qui participent en vêtement liturgique à la célébration, les femmes sont exclues. La "voix du peuple" se fait entendre par le chant populaire et choral. Mais si les voix de femmes doivent résonner depuis la nef, pourquoi pas alors depuis la tribune, encore plus éloignée de l’autel, où il n’y a aucun risque de pouvoir déranger le déroulement de l’action liturgique ?

Déjà en 1910 le chanoine François-Xavier Mathias distingue dans la revue Caecilia le chœur " hiérarchique" qui prend place au chœur avec le clergé (les femmes étant exclues) et le chœur des " laïcs" que sont la plupart des chorales paroissiales. Il est par ailleurs précisé que si le Kirchenvorstand conseil pastoral) le juge utile et nécessaire, il peut accorder dispense pour admettre des femmes à la chorale. Il n’est donc pas nécessaire d’obtenir une dispense épiscopale.

On avance ensuite des raisons morales ou/et pastorales. Les pays du Sud peuvent craindre des abus ... en tribune. Là où des hommes (Menschen) sont réunis pour une action commune on ne peut pas exclure l’humain. Mais pourquoi cette crainte, ce purisme, lorsqu’il s’agit de voix féminine ? Pendant la guerre le Ersatzmittel (le produit de remplacement) devient parfait. Relent de manichéisme ! Femme, symbole du péché, vecteur de la sensualité !! En conclusion il faudrait une liturgie pour hommes et une autre pour femmes, car la rencontre des deux sexes ... Ne retenir que les voix de garçons relèvent proprement de l’héroïsme. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que la suppression des chœurs mixtes provoquera des réactions dans tous les milieux.

Dès 1917, Mgr Fritzen publie dans le "Diözesanblatt, p. 130" (Bulletin ecclésiastique) une note concernant le chant d’église. Il y rappelle à MM. les curés et autres recteurs d’église et de chapelles qu’il est de leur devoir strict de veiller à l’application consciencieuse des décisions de l’Eglise et les règlements diocésains concernant le chant à l’église. Il renvoie tout particulièrement aux Statuts Synodaux (P. I, c. 2, n. 3) qui traite de la polyphonie les jours de fête et du chant soliste interdit aux femmes.

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Après la première guerre mondiale (1918-1930)

Pour l'intronisation de Mgr Ruch, J. Victori avait réuni toutes les chorales paroissiales de Strasbourg qui firent entendre le "Sacerdos et Pontifex" pour chœur d'hommes, orgue, trompettes et trombones de M.-J. Erb. Dès 1921 le Chanoine Victori invite les chœurs d'église, à peine reconstitués après la guerre, à se rencontrer à Strasbourg lors d'un congrès qui se déroula du 27 au 31 juillet et qui porta, bien entendu, sur la musique d'église. La même année 1922 Mgr Ruch participe à l'assemblée générale de l'Union Ste Cécile. Les chorales sont ainsi encouragées à poursuivre leur mission en pratiquant la bonne musique liturgique et en profitant de toutes les occasions de formation (lectures, sessions, réunions cantonales). Déjà les responsables s'interrogent sur la manière de former les organistes si les écoles normales n'assurent plus cette formation. On met en place des cours. Mais cela pose tout le problème du recrutement des chorales jusque là assuré par le maître d'école-organiste-directeur de chorale. Dès 1930 on envisage en Alsace la mise en place d'une Ecole d'Orgue indépendante. Elle ne verra le jour qu'en 1940 à Colmar.

L'engouement pour le sport, le cinéma, le théâtre et le bal rendait le recrutement pour les chorales d'église de plus en plus difficile. Malgré toutes ces difficultés, le chanoine Victori a pu faire état de 600 chorales paroissiales en Alsace aux "Journées de la Gilde Ste Cécile" qui se sont déroulées à Paris du 10 au 13 avril 1928. A ce propos, nous lisons dans les notes de Goehlinger, "1927/28 fut incontestablement une année modèle ; le zèle n'a pas diminué et pourtant ce serait pure naïveté de prétendre que le chant religieux a atteint le sommet de la perfection dans le diocèse de Strasbourg. Il est à remarquer que même dans certains chœurs d'église de ville des cours de solfège ne seraient pas inutiles". On continue les cours de formation (Clauss et Dussourd). En 1919 paraît une nouvelle édition du "Psallite" avec en supplément 47 cantiques français.

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La Chorale de la Cathédrale

1904 : Appel aux hommes de la paroisse de la cathédrale, par le chanoine Victori, en vue de constituer un chœur de laïcs qui assurerait les chants lors des fêtes en l'absence des séminaristes (vacances). Dès le dimanche des Rameaux 1904 la Chorale de la Cathédrale (Domchor) était constituée. Vingt ans plus tard, l'abbé Alphonse Hoch complétera le chœur d'hommes par un chœur de dames ce qui permettra d'accéder à toute la grande littérature de musique religieuse. Elle donne des concerts remarqués à Strasbourg et à Paris avant d’obtenir la consécration internationale à Salzbourg et à Vienne. Marie-Joseph Erb continue à composer de nombreuses oeuvres, au point qu’en 1934 a lieu un festival M.-J. Erb. Son oeuvre la plus diffusée et la mieux connue est la messe Dona nobis pacem, toujours au répertoire de certaines chorales d’Alsace.

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Les garçons chanteurs

"Qui tient la jeunesse, tient l'avenir". Cet adage est toujours vrai, même s'il paraît un peu usé, lisons-nous sous la plume d'Alexandre Fidelis dans Caecilia 1920 pp 85-90. L'air du temps étant aux sollicitations extérieures il s'agit de réagir en rendant les offices plus participatifs, en particulier grâce à la musique et au chant. Pour réussir ce projet il faudra à la fois consolider l'institution des petits chanteurs, faire participer toute la jeunesse scolaire au chant liturgique et promouvoir leur participation au cantique populaire. Rares sont les paroisses où il n'y a pas de petits chanteurs à la tribune. Ils alternent avec les hommes les chants de la messe et des vêpres. Souvent ils assurent, en l'absence des hommes, les chants du Salut au Saint-Sacrement, des funérailles et des messes de Requiem en semaine, avant d'aller en classe. Mais leur confier un rôle de suppléance ne suffit pas. Il faut les situer au sein de la chorale paroissiale pour deux raisons essentielles.

Tout d'abord cela doit être un honneur de pouvoir chanter à la tribune pendant la célébration. Un enfant a le droit de savoir qu'à cause de sa belle voix il est admis au chœur des Petits Chanteurs. Il a le droit d'être fier de son admission autant comme enfant de chœur que comme petit chanteur. Ensuite c'est l'affaire du chef, avec le soutien de la famille du garçon, d'obtenir la régularité, la ponctualité et la discipline. D'ailleurs, une gratification de temps en temps sera une aide précieuse dans la pratique quotidienne de toutes ces qualités requises. Les enfants de chœur ont bien leur cadeau de Noël, de Pâques et l'excursion à la fin de l'année ; pourquoi les petits chanteurs ne bénéficieraient pas des mêmes avantages ?

Ensuite, la fonction de petit chanteur doit être clairement définie pour éviter à tout prix le sentiment de n'être qu'un "bouche-trou". Les "laisser" chanter les versets de l'Asperges et de l'Introït, réciter les psaumes, chanter les versets après les hymnes et le Benedicamus Domino constitue ce minimum "concédé" qui ne procure pas un sentiment de membre à part entière. Des chefs mieux inspirés feront participer les enfants au Kyrie, Gloria, Credo ... leur feront chanter des motets à 2 ou 3 voix égales et leur demanderont de participer dans les pupitres de soprano et d'alto au chant des messes polyphoniques. Le choeur de garçon, ainsi valorisé, est source de satisfaction pour le directeur de la chorale. Il fera la fierté du Conseil de Fabrique et la joie de toute la paroisse. Il devient une authentique pépinière de céciliens convaincus et de chrétiens fiers de servir l'Eglise.

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"Groupement des Petits Chantres de l'U.S.C."

L'idée de la valorisation du petit chantre a fait son chemin. Lors de l'enquête de 1932 on dénombre 2.800 petits chanteurs en Alsace. Les directeurs de chorale en sont très satisfaits et remarquent que les garçons chantent avec la même facilité le chant grégorien en alternance avec le chœur d'hommes que les messes polyphoniques avec le chœur mixte. En plus, l'expérience prouve, qu'après leur mue, les garçons passent très volontiers au choeur d'hommes. Ce recrutement de jeunes assure non seulement la pérennité du chœur mais augmente sa qualité. Aussi Mgr Ruch émet-il le voeu qu'à l'instar des enfants de chœur on mette sur pied une organisation pour les petits chantres. L'assemblée générale de l'U.S.C. de Mulhouse (1932) transforme ce vœu en réalité en adoptant les statuts provisoires du "Groupement des Petits Chantres de l'U.S.C." Soumis à Mgr l'évêque, les statuts reçoivent l'approbation épiscopale enthousiaste le 7 août 1933.

A partir de ce moment les chorales n'ayant pas encore de petits chantres font l'impossible pour en recruter. Les groupes se multiplient au point où l'idée d'un grand rassemblement voit le jour. Le promoteur en est l'abbé Casimir Striebig, vicaire à la paroisse de Schiltigheim, qui vient lui aussi de fonder un Knabenchor. Le dimanche 27 mars 1938, eut lieu le premier rassemblement de Petits Chantres à Schiltigheim. C'est tout à l'honneur de M. le Recteur Léon Neppel, curé-doyen à Schiltigheim, puis Vicaire Général, et de son vicaire M. l'abbé Casimir Striebig d'avoir organisé une audition de musique religieuse sous le patronage de l'Union Ste Cécile du Diocèse. Participaient à ce rassemblement les groupes de Schiltigheim, de Lauterbourg, de Cronenbourg et de Zelsheim. Ce dernier fut fondé et dirigé par le Frère Adolphe Kern. L'année suivante, un rassemblement semblable eut lieu à Buhl près Guebwiller. L'initiative en revient au vicaire d'alors, l'abbé Emile Wohlschlegel, et à M. Schreiber directeur d'école et père de Paul Schreiber (Petits Chanteurs de Hochstatt puis de Thann) et de René Schreiber (organiste à Buhl). La guerre de 1939/40 suivie de l'occupation jusqu'en 1944/45 entraîna inévitablement la suppression de toute organisation associative. Mais ceci n'empêcha point les garçons de poursuivre l'œuvre de leurs prédécesseurs. Seule la Maîtrise de la Cathédrale disparaît avec les hostilités.

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Les Petits Chanteurs d'Alsace

Grâce aux tournées des Petits Chanteurs à la Croix de Bois de Mgr F. Maillet et des Wiener Sängerknaben, l'idée d'une organisation pour encourager les directeurs et les Petits Chanteurs, convaincre les autorités et responsables locaux, informer le public, prit corps. La Fédération Française des Pueri Cantores proposa la création d'une délégation régionale "Alsace" lors de la réunion de son Comité Directeur du 18 octobre 1960. L'abbé Gérard Grasser, professeur d'Education Musicale au Collège Episcopal de Zillisheim et directeur des Petits Chanteurs de cet établissement, fut proposé par le Chanoine Kirchhoffer pour être le délégué régional de la Fédération en Alsace. Dès le 14 novembre 1961, l'abbé Grasser siège au Comité Directeur de la Fédération, présidé par Mgr Joseph Besnier, aux côtés des chanoines Roussel, Carol, Roucairol, Revert et bien d'autres encore.

L'Union Régionale prit son envol au Collège St-Joseph de Matzenheim, le 27 décembre 1961 en présence de Louis Prudhomme, secrétaire générale de la Fédération Française. Elle fut reconnue par Mgr Jean-Julien Weber, évêque de Strasbourg, qui présida le premier congrès régional à Strasbourg en 1962. Six manécanteries, soit environ 300 Petits Chanteurs, y participèrent. Les congrès régionaux jalonnaient la route de l'Union régionale : Thann (1963), Mulhouse (1964), Epinal-intérrégional (1966), Marmoutier-Saverne (1968), Colmar (1971) jusqu'au carrefour de 1973, 10e anniversaire de la mort de Mgr Maillet. Pour cet anniversaire toutes les chorales d'enfants au service de la liturgie furent invitées à s'associer lors de deux célébrations à Strasbourg (Cathédrale) et à Mulhouse (Ste Geneviève). Le 5 juin 1974 fut fondée l'Association des Petits Chanteurs d'Alsace ouverte à toutes les chorales d'enfants au service de la liturgie bien au-delà des manécanteries de garçons uniquement. L'association comptait alors 30 manécanteries et chorales d'enfants, soit environ 1.000 enfants chanteurs. Les Petits Chanteurs d'Alsace poursuivent inlassablement leur mission de recrutement, de formation et de rencontre. Les congrès régionaux ont lieu à intervalle régulier : Strasbourg, Masevaux-Guewenheim, Haguenau, Nancy (interrégional), Rouffach, Molsheim, Trois Epis ...

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Après 1945 : Un nouveau départ

Comme l’entre-deux-guerres fut illustré par deux personnalités fortes dans le monde des chorales liturgiques : le chanoine Joseph Victori et le Chanoine F.-X. Mathias, le premier sillonnant toute l’Alsace pour animer les réunions cantonales et faire connaître un répertoire de qualité, le second publiant les livres de chant grégorien très vite complétés par les recueils d’accompagnements (encore utilisés aujourd’hui par certains organistes !). L’après-guerre (1945) fut caractérisé par l’action de deux autres figures : l’abbé Alphonse Hoch qui deviendra Prélat de Sa Sainteté (Monseigneur!) et l’abbé Paul Kirchhoffer, qui de chanoine deviendra Monseigneur et Doyen du Chapitre Cathédral.

Mgr Hoch, directeur de la Chorale de la Cathédrale et Maître de Chapelle fut président de l’Union Sainte Cécile jusqu’en 1967, année de sa mort. Il dirigea la revue Caecilia et demeura un farouche défenseur du trésor polyphonique latin. Membre du Comité du Festival de Strasbourg, il se fit toujours un devoir d’ouvrir ce festival par un concert à la cathédrale puis d'y donner la Messe du Couronnement de Mozart à la messe de 11 h. Avec sa chorale il donna des concerts à Strasbourg, en France et à l’étranger. Il présida la première réunion de la Commission diocésaine de Musique sacrée, confia au chanoine Timmer la réalisation de la nouvelle édition du Recueil diocésain de cantiques qui prit le nom de Louange à Dieu et mit en place la Commission diocésaine des orgues présidée par Michel Chapuis.

Mgr Paul Kirchhoffer compléta l’activité polyphonique de "son président" par sa passion pour le chant grégorien selon la méthode de Solesmes. Dûment diplômé par l’Institut grégorien de Paris, il parcourut dès 1945 les villes et les campagnes pour y enseigner la "bonne" méthode et assurer au chant grégorien une authentique renaissance en Alsace. Cette activité sur le terrain fut très vite complétée au Conservatoire de Musique de Strasbourg par des cours de chant, de direction et d’accompagnement de chant grégorien. Devenu secrétaire de l’Union Sainte Cécile, Mgr Kirchhoffer eut également une responsabilité rédactionnelle dans la revue Caecilia. Il y publia ses "Leçons" de chant et d’accompagnement grégoriens. Les anciens élèves se comptent par centaines. Le Concile Vatican II prenant en compte les langues vernaculaires, le répertoire allait se diversifier très vite et le chant grégorien perdre de son actualité.

Afin d’éviter toute polémique, le chanoine Kirchhoffer applique un principe de bon sens "Nous supprimons lorsque nous savons par quoi remplacer". Lui, l’apôtre du chant grégorien devient le champion du psaume responsorial et de l’acclamation de l’évangile en langue vernaculaire, en parfait serviteur de son Eglise. Nous lui devons d’avoir passé cette période d’adaptation post-conciliaire sans heurts, à la fois dans le respect de notre longue tradition musicale en Alsace et avec un esprit d’ouverture pour accueillir toutes les décisions du Concile. Avec les évêques successifs Messeigneurs Weber, Elchinger et Brand, le chanoine a toujours milité pour la messe alsacienne où l’on chante en latin, en français et en allemand sans oublier la place qui revient à l’orgue présent dans chaque sanctuaire.

1967 marque un tournant dans la vie du chanoine Kirchhoffer. Mgr Alphonse Hoch vient de mourir. Tout naturellement le chanoine est élu Président de l’Union Sainte Cécile et Mgr l’évêque le nomme Chanoine Titulaire. Très discrètement il va faire la mise à jour conciliaire au Chapitre où l’on chante l’office avec les hymnes et les psaumes en français du recueil diocésain Louange à Dieu sans pour autant exclure les beaux chants latins comme par exemple les belles antiennes O du temps de l’Avent.

Grâce à lui, l’Union Sainte Cécile se voit attribuer un bureau à l’Evêché. La revue Caecilia change de format et de contenu, les formations et les réunions cantonales se multiplient et l’équipe des collaborateurs s’étoffe. Il met ainsi la Commission de Musique Liturgique de plus en plus au contact et au service des paroisses et des chorales. En 1973 Mgr l’évêque lui attribue un "coadjuteur" en la personne de votre serviteur. J’ai ainsi eu la chance de cheminer à ses côtés jusqu’en 1982, année du Centenaire de l’Union Sainte Cécile. Le 16 juin de cette même année le chanoine devient Prélat d’Honneur de Sa Sainteté. Il a 70 ans et il cède la place de président de l’Union Sainte Cécile et de responsable diocésain de Musique Sacrée.

De 1982 à 1991 année de son départ à la retraite, Mgr Paul Kirchhoffer est actif au Chapitre Cathédral. Il en devient le Doyen ce qui lui vaut d’accueillir aux portes de la cathédrale le Pape Jean-Paul II lors de sa visite aux diocèses de Strasbourg et de Metz en 1988.

Le Chanoine émérite Mgr Kirchhoffer vivra ses neuf années de retraité en compagnie d’une maladie qui le réduira progressivement au silence et à l’isolement. Il décède le 17 décembre 2000 à Strasbourg.

La revue Caecilia fut un moyen privilégié pour faire connaître la réforme liturgique engagée par le Concile. Grâce à elle cette réforme ne fut pas bâclée, du moins par ceux qui ont bien voulu suivre les recommandations de la revue. Un principe prévalut toujours dans l’esprit des responsables d’alors (MM. Kirchhoffer, Timmer, Bohn, Rosenblatt, Grasser, Andrès, Fuchs et Langrée) : ne jamais supprimer sans savoir par quoi remplacer. Progressivement, surtout à partir de 1967, la revue aida les directeurs de chorale et les curés à répondre par des chants en français ou en allemand aux exigences nouvelles de la liturgie tout en maintenant toujours ferme la notion de pluralisme et de bilinguisme indispensables en notre province frontalière à double culture. Grâce à cette insistance persévérante la plupart des chorales alsaciennes contribuent aujourd’hui à des célébrations paroissiales où les genres, les styles et les langues font bon ménage.

L’action pédagogique de Caecilia trouve un heureux prolongement dès 1969 dans la création de l’ADEFAC qui devint rapidement AREFAC (Association Régionale pour la Formation des Animateurs de Chant Choral. L’Union Ste Cécile participa à la mise en place de ce nouveau moyen de formation. Grâce à l’AREFAC de nombreux chefs de chœur ont pu être formés et continuent à être formés par des formateurs hautement qualifiés. Les chorales ont compris une réalité nouvelle: on ne trouve pas un chef (en tout cas de moins en moins) mais on en forme. Ce qui a pour avantage de rajeunir les cadres et souvent les membres des chorales.

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Du "Männerchor" à la chorale mixte

En 1950, dans le cadre de l’assemblée générale de l’Union Sainte Cécile, son Président, Mgr Alphonse Hoch, pouvait encore proclamer "Le chant d’église est fondamentalement assuré par le chœur d’hommes, surtout à la campagne" (Die Grundsubstanz des Kirchengesanges liefert nach wie vor der Männerchor, vorab auf dem Land). "Devrait-on faire un pas de plus, on formerait alors des chorales séparées qui pourraient éventuellement à titre transitoire chanter à voix mixtes. On veillera à la discipline et on soumettra l’affaire au Comité central, le cas échéant à l’Ordinariat (administration diocésaine)."

Dans l’Encyclique "De la Musique Sacrée" de Pie XII (1958) au chapitre VI on lit la recommandation suivante aux évêques: "Avant tout, faites en sorte que dans l’église cathédrale ... il y ait une Schola Cantorum spéciale qui soit un exemple pour les autres ... Mais là où on ne peut constituer de Schola ni rassembler un nombre convenable de Pueri Cantores (petits chanteurs), on concède qu’un groupe d’hommes et de femmes ou de jeunes filles puisse chanter les textes liturgiques durant la messe solennelle, dans un endroit destiné à cet effet seulement et situé en dehors du chœur, à la condition que les hommes soient totalement séparés des femmes et des jeunes filles, et que tout inconvénient soit évité, la conscience des Ordinaires (évêques) étant engagée sur ce point."

Les Statuts synodaux de Strasbourg (1948 modifiés en 1958) tiennent déjà compte de l’Encyclique citée ci-dessus. On y lit art. 422 § 3 "La polyphonie n’est pas interdite, mais elle doit être réservée pour des circonstances exceptionnelles et ne peut pas supplanter le chant grégorien ... §4 ... les soli exécutés par des voix d’hommes peuvent être exceptionnellement tolérés; ceux exécutés par des dames y sont interdits."

Art. 424. § 1 Les chœurs mixtes ne sont que tolérés. Là où ils existent, il faut observer strictement les prescriptions édictées par nos prédécesseurs ... § 2 Pour constituer une chorale composée exclusivement de dames, il faut des raisons graves, reconnues par nous. Les chorales féminines ne doivent jamais être placées dans le chœur de l’église.

Art 425. A la place des chœurs mixtes, il est toujours préférable et conforme aux vœux de l’Eglise d’avoir, à côté des chantres, une maîtrise d’enfants.

Art. 430. Nous avons institué, à notre Evêché, une commission mixte de musique religieuse qui étudie toutes les questions relatives au chant sacré et examine des différends qui se présenteraient au sujet des chorales.

Art 431. § 1 Nous désirons que toutes les chorales d’église du diocèse soient affiliées à l’Union Sainte Cécile, qui donne dans sa revue des directives relatives au chant liturgique et approuvés par nous. Les fabriques d’église peuvent inscrire à leur compte l’abonnement à cette revue.

Cinq ans plus tard ... le Concile Vatican II , en particulier la Constitution "De Sacra Liturgia"(1963) change de ton et de préoccupations. Art. 19 "Les pasteurs d’âmes poursuivront avec zèle et patience la formation liturgique et la participation active des fidèles, intérieure et extérieure, proportionnée à leur âge, leur condition, leur genre de vie et leur degré de culture religieuse ... Art. 29 Même les servants, les lecteurs, les commentateurs et ceux qui appartiennent à la schola cantorum s’acquittent d’un véritable ministère liturgique ... Aussi faut-il soigneusement leur inculquer l’esprit de la Liturgie, selon la mesure de chacun, et les former à jouer leur rôle de façon exacte et ordonnée."

L’Instruction "Inter Oecumenici" du 26 septembre 1964 précise la place de la chorale au n° 97 : "La place de la schola et celle de l’orgue seront disposées de telle sorte qu’on voie clairement que ceux qui exercent les fonctions de chanteurs et d’organiste font partie de l’assemblée des fidèles, et qu’ils soient à même de remplir au mieux leur fonction liturgique."

Avec l’Instruction "Musicam sacram" du 5 mars 1967 au n° 22 nous apprenons que "Le groupe des chanteurs (schola cantorum) peut se composer, suivant les usages de chaque pays et selon les autres circonstances, soit d’hommes et d’enfants, soit d’hommes seuls ou d’enfants seuls, soit d’hommes et de femmes, soit même, là où la situation l’implique vraiment, exclusivement de femmes." Il reste une petite séquelle de la discipline antérieure à la fin du n° 23 "... Chaque fois qu’une chorale comprend des femmes, elle sera placée en dehors du presbyterium (chœur de l’église).

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Les chorales paroissiales

Une statistique

En 1932 l’enquête menée dans le cadre du Cinquantenaire de l’Union Sainte Cécile du Diocèse de Strasbourg faisait état de 659 chorales regroupant 17.088 choristes. Dans le cadre de son Centenaire, l’Union Sainte Cécile réalisa une nouvelle enquête en 1981/82 et obtint les résultats suivants : 830 chorales et 21.049 choristes qui se répartissent comme suit :

 

Bas-Rhin

Haut-Rhin

Total

Hommes

4.354 2.810 7.164

Femmes

3.590 2.330 5.920

Enfants - jeunes
(14-20)

4.339 3.621 7.965

T O T A L

12.283 8.766 21.049

A la lecture de ce tableau trois vérités s’imposent :

1. Le nombre d’hommes va en diminuant et diminue toujours. Les grandes causes sont désormais bien connues : le recrutement des garçons ne se fait plus à l’école comme jadis, la pratique religieuse est en baisse, les études et le travail éloignent du domicile (village et petites villes) et contribuent à la désertification des campagnes ...

2. Les chorales se féminisent de plus en plus et ce jusque dans les postes de responsabilité : présidente, directrice, secrétaire, organiste ...

3. Les effectifs des chorales rajeunissent. Presque 8.000 choristes de moins de 20 ans en 1982. Cela prouve que les jeunes aiment chanter. Mais avec le mariage, la maison à construire, les enfants en bas âge ... on se retire de la vie associative pour construire son foyer et réussir sa famille. Certains reviennent plus tard.

Pendant l’exercice 1997/98, 427 chorales ont participé à la formation permanente proposée par l’Union Ste Cécile et 7.709 choristes ont participé aux activités cantonales (soirée de répertoire, répétitions générales, rencontres cantonales) animées par dix formateurs qualifiés et bénévoles. Les stages et sessions proposés par l'USC et l'AREFAC/CAPA (Centre d'Art Polyphonique d'Alsace) pour la formation individuelle des choristes, animateurs et directeurs de chorales ont accueilli 707 membres de l’Union Ste Cécile. Par ailleurs, en vingt cinq ans d’existence, l’Ecole d’Orgue Diocésaine (EOD), qui accueille chaque année entre 150 et 200 élèves dans 28 centres d’enseignement, a permis à 67 jeunes d’obtenir le Diplôme d’Organiste Liturgique.

Tous ces chiffres soulignent la vitalité des chorales d’église. Il est vrai que l’action permanente et efficace de la fédération régionale connue sous le nom d’Union Ste Cécile n’y est pas étrangère avec ses 63 responsables de secteur, les 10 animateurs des rencontres cantonales, la commission musicale (compositeurs), l’Ecole d’Orgue Diocésaine (EOD), la commission pédagogique (formateurs), les 3 permanents du service diocésain, ses publications (revue Caecilia, partitions musicales, CD et K7, recueil de cantiques Louange à Dieu et recueils d’accompagnement).


3 octobre 1982 : Concert du Centenaire à Molsheim

La vitalité des chorales paroissiales d’Alsace s’était déjà révélée lors des cérémonies marquant le Centenaire de l’Union Sainte Cécile en 1982 par des concerts, des messes solennelles, une assemblée générale festive à Châtenois, lieu de la fondation de l’USC. Mais le sommet fut incontestablement le Pèlerinage à Rome et à Assise des 1.100 céciliens accompagnés par Mgr Roger Heckel, évêque coadjuteur de Strasbourg (décédé un mois après notre retour de Rome) : la messe à Ste Sabine, l’audience papale avec remise de cadeaux et la messe de clôture à St Paul hors les murs. Un autre sommet fut sûrement la création au Palais de la Musique et des Congrès à Strasbourg de la Cantate En Forme d’Arc en Ciel de Roger Calmel sur un texte de Didier Rimaud avec le concours de la Chorale de la Cathédrale et les Chœurs de St-Guillaume, de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, de quatre solistes et des 2.000 choristes dans la salle. Faute de place, le concert a été donné une seconde fois à l’église St Maurice qui fut comble.

En 1988, la visite du Pape Jean-Paul II en Alsace a mobilisé 6.000 choristes pour l'Eucharistie célébrée au stade de la Meinau à Strasbourg et 1.000 au stade de l’Illberg à Mulhouse.

En 1992 les chorales s’attendent à des manifestations pour marquer le 110e anniversaire de la fondation de l’Union. Les responsables proposèrent trois jours pour célébrer, le premier jour, l’amitié dans les Alpes bavaroises (Berchtesgaden, Zell-am-See), puis la musique par un concert à la cathédrale de Salzbourg (Mozart), et enfin l’Eucharistie présidée par Mgr l’Archevêque Brand dans la basilique Ste Anne de Altötting. Une armada de 24 cars transportaient les 1.200 participants.

En octobre 1998 l'Assemblée Générale de l'USC à Altkirch a réuni 1000 céciliens pour la célébration du matin, un mois plus tard, en novembre 1998, un train spécial et deux avions transportaient 900 alsaciens, dûment préparés par de nombreuses répétitions, au Congrès ANCOLI à Lourdes.



L'Alsace au 5e Congrès d'ANCOLI à Lourdes en novembre 1998

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L'indispensable chorale liturgique

On l’a souvent fait remarquer : si une chorale profane existe pour elle-même, dans le but évident de faire de l’art pour l’art, il n’en est pas de même pour une chorale liturgique. Celle-ci n’existe pas pour elle-même. Elle est un acteur de la célébration parmi d’autres. Avec les autres acteurs elle est au service de l’assemblée. Sans chercher à se mettre en vedette pour elle-même, elle exercera sa fonction au service de la prière et de l’action liturgique de la communauté. Les chants qu’elle assure, seule ou avec la communauté, doivent être jugés dans la célébration. "Tel chant pourrait paraître sans grande portée par lui-même, qui aura cependant un impact réel dans l’assemblée en prière." Est-ce à dire que le point de vue artistique, musical ne doive pas compter ? Certes, non !

Il suffit de parcourir l’Alsace, les dimanches et jours de fête, d’entrer dans les églises de ville ou de campagne, pour vérifier le rôle primordial des chorales dans l’assemblée festive. Il peut se trouver quelques rares endroits où la chorale a disparu par suite de certaines déficiences ou incompréhensions. Mais le plus souvent on peut constater un véritable renouveau des chorales, soit la naissance de groupes de jeunes, soit le réveil de chorales qui vivotaient depuis plusieurs années et qui, sous l’impulsion d’un jeune chef, trouvent de nouveaux membres décidés à occuper dignement la place de choix que l’Eglise leur assigne officiellement dans l’action liturgique.

Le curé d’une importante paroisse qui a la chance d’être secondé par une excellente chorale, placée d’ailleurs à l’entrée du chœur, de telle sorte que le jeune directeur puisse diriger alternativement les choristes et l’assemblée, nous a dit : "Pour moi la nécessité d’une chorale est une évidence. Si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer." On peut et il faut parler de l’indispensable chorale liturgique.

Le ministère de la chorale, du groupe de chanteurs, est officiellement reconnu. "Regardez comme ils sont heureux. Ils y croient !" non parce qu’ils sont membres d’une société de loisirs, mais parce qu’ils sont membres actifs et responsables d’un groupement d’Eglise, soucieux de faire connaître et aimer le Dieu de Jésus Christ qui donne à la vie un sens, à l’existence un but et au bonheur un contenu.

 

 

 

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