
Fonctionnement
Formation
Edition
Pendant cinq jours d’octobre 2005, trente organistes de l’Ecole d’Orgue Diocésaine ont visité des orgues parisiens sous la houlette de leurs maîtres : Marc Baumann, Hubert Heller, Pascal Reber, Robert Pfrimmer.
Départ le lundi 24 octobre. Après un agréable voyage en train depuis Strasbourg, premier contact avec la capitale et premier métro pour découvrir, dans le quartier des Champs Elysées, à proximité de l'Arc de Triomphe, l'accueil aimable de la Maison Eymard, notre lieu de séjour. Tenue par les Pères du Saint Sacrement, cette pension satisfera nos besoins matériels. Des petites unités de chambrées à deux lits favoriseront le repos et la liberté de tous.
Pour nos besoins spirituels, il nous faut prendre, en
début d'après- midi, la direction du quartier du Panthéon
et de l'église Saint-Etienne-du-Mont.
Sur le parvis taillé en gradins, Vincent Warnier nous
attend pour nous faire découvrir les secrets de l'orgue
Clicquot, Cavaillé-Coll, dont il est titulaire. L'église est
une des dernières à disposer d'un jubé ; son style renaissance
et le buffet baroque nous émerveillent.
C'est l'occasion d'évoquer aussi la mémoire d'un
ancien titulaire de cette tribune, Maurice Duruflé, et de
sa femme Marie-Madeleine. De la tribune, on domine les
toits et l'appartement qu'ils s'étaient fait construire pour
être plus près de leur orgue. Heureux temps que celui où
l'organiste vivait sur le lieu de ses exploits !
Après la musique et les explications de Vincent
Warnier, les plus courageux prennent place sur le banc :
ils sont nombreux, nullement impressionnés par les 4
claviers et le pédalier de cet orgue symphonique de 83
jeux.

Elèves et professeurs
Il fait presque nuit quand nous avons rendez-vous à la
cathédrale Notre-Dame avec Johann Vexo, titulaire de
l'orgue de choeur de Notre-Dame. Il nous présente chaleureusement
les caractéristiques du grand orgue,
monumental et gigantesque avec ses 5 claviers manuels
et ses 110 jeux ! Grâce à une gestion numérique unique
au monde de sept ordinateurs, l'organiste peut se livrer
à toutes les fantaisies : enregistrer ses combinaisons,
bien sûr, mais aussi s'enregistrer ( pour se reposer pendant
les offices, par exemple !). Mais les fantaisies ne
sont pas pour nous et, malgré les regards gourmands de
certains, aucun ne posera ses doigts sur les touches.
Plus émouvant, sur un côté et un peu surélevé, trône le
banc sur lequel Louis Vierne est mort en 1937. On retrouve
d'ailleurs dans l'antichambre de la tribune des documents
à sa mémoire et à celle de Pierre Cochereau : dessins,
photos, dates, ornent cette salle rehaussée d'un petit
escalier gothique. Mais qui a eu, ou aura, l'occasion de
voir cette exposition confidentielle ? De rares élus dont
nous sommes.
Mais il n'y a pas que la musique.
Qui dira les tièdes nuits parisiennes ? Remonter à
pied les Champs Elysées jusqu'à la place de la
Concorde ; se restaurer d'une crêpe à une terrasse ; rentrer
dans les magasins ouverts en nocturne ; partir à la
recherche du dernier MP 3 à la mode et au meilleur prix ;
se faire photographier dans le stand Renault, devant la
Formule 1, vainqueur de l'année ; écouter la rumeur de
la foule ; assister à un concert ; flâner ou…dormir dans
son lit : quel embarras quand il faut choisir !
Petite bruine le matin du mardi 25 quand nous partons
vers la Villette et la Cité de la Musique, dont nous ne verrons
que les bâtiments. Notre groupe " sauvage " (appellation
contrôlée de l'administration du site) ne peut accéder
le matin à ce centre.
Tant pis ! Nous partons découvrir, sous la conduite de
Emmanuel Walch, l'église Saint-Eustache en restauration
et admirer, sous sa cloche de verre, la console
mythique de Jean Guillou. Le tombeau de Colbert, un
tableau de Rubens et une Vierge à l'enfant du sculpteur
Pigalle nous intéressent un temps, même si le bâtiment
est sombre et en piètre état.
Moralité : dans toutes les églises il y a toujours quelque
chose à voir ou à faire. Et trois de nos benjamins
l'ont bien compris. On les retrouvera un peu plus tard à
l'orgue de choeur Merklin de l'église Saint Merri.
Pourtant, l'église était fermée et il a fallu pousser des
portes pour accéder à un vestibule bien caché. Ils se rattrapent
de n'avoir pu jouer à Notre Dame !

Eric Letzelter à Saint-Sulpice
Peu de mouvements dans ce quartier de Beaubourg :
c'est jour de nettoyage pour le Musée. Mais chacun peut
y manger à sa convenance, avant de gagner la Chapelle
Royale du château de Versailles où nous avons rendezvous
avec Michel Chapuis.
Accueil exceptionnel : nous nous sentons de très
importantes personnes en pénétrant dans la Chapelle
Royale pour écouter un peu d'Histoire et apprécier l'érudition
de notre mentor. Nous grimpons l'escalier monumental
jusqu'à l'étage, en respectant le tapis réservé au
Roi. Fascinés par la décoration baroque du buffet, nous
découvrons un orgue classique de 4 claviers manuels
accompagnés d'un pédalier surprenant à très petites
touches.
Michel Chapuis nous fait une élégante démonstration
de ses possibilités quand… plus d'électricité ! Mais il y a
une solution. Et Jérôme et d’autres grimpent dans l'orgue
pour actionner les cordes qui soulèvent les sommiers.
Expérience unique pour eux qui découvrent l'obscurité
et la complexité d'un ancien métier disparu avec
l'électricité ! Intéressante pour les autres qui en profitent
pour réviser la composition interne des orgues.
Mercredi 26 octobre, un temps de Toussaint qui
convient bien au pèlerinage envisagé au cimetière de
Montmartre sur la tombe de Léon Boëllmann, alsacien
d'origine. Las ! Difficile de s'y retrouver. Les paris sont
ouverts : en quelle année est-il mort, à 35 ans ? Seule la
bonne date nous permettrait d'accéder aux archives.
Heureusement que nous avions droit à plusieurs réponses.
En réalité la tombe est répertoriée sous le nom de
Eugène Gigout qui (après 1897) se chargera de ses trois
enfants orphelins et rachètera la concession pour y être
enterré lui aussi. La promenade s'accompagne d'un
recensement de personnalités reconnues à une époque,
mais pas toujours connues aujourd'hui : " Sic transit gloria
mundi ".

Johann Vexo à Notre-Dame
Puis, rendez-vous à Saint Sulpice, toujours sur les traces
du grand facteur Cavaillé-Coll. Nous sommes
accueillis par Michel Goussu, maître de Chapelle, qui
connaît d'autant mieux l'orgue qu'il en assure l'entretien
régulier.
Nous sommes nombreux à avoir le privilège de toucher
cet instrument gigantesque à 5 claviers de 100
jeux, pendant que les autres errent dans les petits
salons de velours rouge à la recherche du fantôme de
Charles-Marie Widor. Difficile d'imaginer que dans ce
décor théâtral, au XVIIIème siècle, jouèrent Couperin,
Balbastre ou Séjean.
Connaissez-vous les dessous de Saint Sulpice ? Ils
révèlent d'autres curiosités, ignorées des lecteurs du "
Da Vinci Code " mais accessibles à tout organiste tenace
et curieux.
Laissez-vous guider par un familier des lieux. " Oui, à
côté des petits salons, il existe un appartement
aujourd'hui loué par la ville, on va aller voir ". Et derrière
un amoncellement de cartons et de chaises branlantes,
une porte banale. La clé a disparu et même à quatre pattes,
on ne la retrouve pas. Tant pis. Retour dans la nef.
"La tombe de Widor ? Non ce n'est pas intéressant, et
elle se trouve sous la crypte. Mais je peux vous montrer
la crypte".
Et nous voilà partis dans les bas fonds de l'église, en
passant par la sacristie remarquablement ornée de ses
boiseries d'origine, et après avoir salué au passage
Monsieur le Curé.
La descente à la crypte s'effectue en se frayant un passage
à travers des fils électriques, des papiers, des meubles.
Comme l'ensemble du monument, ce lieu aurait bien
besoin d'une restauration et de quelques nettoyages.
On comprend mieux la chance dont dispose le grand
orgue d'être propriété de la Ville de Paris et à ce titre de
bénéficier d'un entretien régulier, ce qui est loin d'être le
cas des édifices religieux. Aussi, même s'il y a toujours à
faire, apprécions-nous les efforts de conservation du
patrimoine de notre Alsace !
En sous-sol, la lumière fonctionne et nous découvre
une partie de l'église primitive. De beaux piliers loin de la
rumeur du siècle. Il est facile ici de remonter l'Histoire et
d'écouter les voix du passé.
Maintenant, il est temps de nous rendre à l'île Saint Louis pour la rencontre avec l'orgue neuf de l'église Saint-Louis. Bernard Aubertin a construit ce grand orgue à l'esthétique germanique des XVIIe et XVIIIe siècles. Les buffets s'intègrent parfaitement au style baroque de l'église très soignée et bien entretenue. La tribune, très étroite, nous accueille par groupes de trois et nous nous replongeons dans la musique allemande de l'époque de Bach. Cette découverte conclut magnifiquement notre séjour à Paris.

Michel Chapuis au château de Versailles
Remercions encore ici tous ceux qui nous ont accueillis pour mettre leurs orgues à notre disposition avec beaucoup de générosité et de patience, et tous ceux qui ont su nous faire partager leur enthousiasme et leurs expériences. En commençant bien sûr par nos maîtres qui nous accompagnent et nous guident dans nos apprentissages, sans oublier Hélène Fleitz, empêchée de se joindre à nous, mais à qui nous devons une grande partie de la logistique du voyage.
Félicitons aussi tous les participants pour ne s'être jamais égarés dans le labyrinthe des couloirs du métro, pour avoir scrupuleusement respecté les horaires et les lieux de rendez-vous, et surtout pour avoir joué ou écouté les orgues dans le respect de chacun !
A quand le prochain stage à Paris ? ou à Rome ? ou à Londres ? ou à Dresde ?
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